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De Gaulle - Chirac : le refus français de l’unilatéralisme américain

 

 

Les politiques étrangères de Charles De Gaulle et de Jacques Chirac, sont les deux principaux repères d’un refus français de l’unilatéralisme américain, pleinement d’actualité alors que Donald Trump a opté pour une politique étrangère américaine arbitraire, se caractérisant notamment par la montée du risque de guerre au Moyen-Orient.

La consolidation du « gaullo-mitterrandisme » et d’une diplomatie française autonome

Le « gaullo-mitterrandisme » désigne une certaine politique étrangère française singulière, souveraine et donc émancipée, autant que possible, des États-Unis. Le Général De Gaulle par son action et sa pensée politique, a posé les bases de cette colonne vertébrale de la politique étrangère française. Ses successeurs ayant maintenu ses principaux aspects, au-delà des spécificités fortes du gaullisme et du mitterrandisme. Mais l’acte le plus notable des Relations Internationales, qui a marqué définitivement cette orientation de la diplomatie française, a été accompli durant la présidence de Jacques Chirac, lorsque la France s’opposait à l’intervention américaine en Irak, en 2003[1]. Une affirmation de la politique étrangère française, face aux Etats-Unis, qui ne s’était pas répétée depuis la condamnation de la guerre du Vietnam, par Charles De Gaulle, en 1966[2]. Cette audace diplomatique, qui allait éviter à Jacques Chirac le discrédit de Georges W. Bush et de Tony Blair, tout en lui conférant le statut de visionnaire, a consolidé une diplomatie française autonome et reconnue.

La genèse d’un « gaullo-chiraquisme » structurant la diplomatie française

La volonté de Nicolas Sarkozy (2007-2012) de rompre avec cet héritage, la période d’interrogation et de débats doctrinaux qui en a résulté, n’ont finalement rien modifié à cette ligne de fond. La tentation néo-conservatrice française s’est éteinte, sous le poids des faits, des conflits perpétuels qui se déploient au Moyen-Orient et de l’isolationnisme du Président américain Donald Trump. La disparition de Jacques Chirac lui confère désormais le statut de l’homme qui a dit « Non » à la guerre et surtout « Non » aux américains. Une place dans l’Histoire de France qu’il est pour l’instant le seul à partager, avec le Général De Gaulle. Le « gaullo-mitterrandisme » s’est ainsi maintenu et clairement affirmé, sous la présidence de Jacques Chirac. François Mitterrand n’en a, paradoxalement, pas donné d’exemple aussi frappant. Or par ce coup d’éclat diplomatique, qui légitime pour de nombreux citoyens l’envergure internationale de son action de Chef d’Etat et participe à sa forte popularité, le personnage historique Jacques Chirac risque bien de faire de l’ombre à la figure de François Mitterrand et de générer un « gaullo-chiraquisme » structurant la diplomatie française, voire une diplomatie enfin européenne. Le « gaullo-mitterrandisme » ayant confirmé une politique étrangère française indépendante, au-delà des clivages politiques, le « gaullo-chiraquisme » a validé dans le temps cette évolution, confortée par la popularité actuelle de Jacques Chirac et de sa décision de s’opposer à la guerre en Irak de 2003.

Une opposition française à la Guerre en Irak ne trouvera de sens que dans l’achèvement d’une Europe puissance

Alors qu’il n’existe aujourd’hui, aucune autorité politique pour les Affaires Etrangères, permettant d’exprimer de manière intangible la position de tous les Etats de l’Union Européenne, dont les diplomaties manquent encore de cohérence, il serait temps de poser les fondements d’une grande stratégie de l’Union européenne et de construire une forme de « gaullo-mitterrandisme »/« gaullo-chiraquisme » européen. Mais dans ce contexte, il est également important de retenir l’importance du giscardisme dans la construction d’une Europe réellement politique et forte, là où l’action de Jacques Chirac n’a pas trouvé d’aboutissement, notamment du fait de l’échec du projet de Constitution européenne, suite aux « Non » français et néerlandais de 2005. Une opposition française à la Guerre en Irak de 2003, au-delà de sa justesse, ne trouvera de sens que dans l’achèvement d’une Europe puissance, capable de peser et de s’affirmer davantage. L’avenir de la planète ne pourra être défendu, qu’avec une Europe forte qui puisse affirmer les priorités de l’Humanité : la paix, la démocratie et l’écologie.

Florian BRUNNER

Président du Think Tank « Europe et Démocratie »

 

[1] Discours contre la guerre en Irak à l’ONU, Dominique DE VILLEPIN, 14 février 2003, « Monsieur le président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur »

[2] Discours de Phnom-Penh, Charles DE GAULLE, 1er septembre 1966, « Il n'y a aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi d'un étranger venu de l'autre rive du Pacifique. »

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