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Conférence sur la lutte contre le terrorisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date : 17 avril 2019, 18:00 – 20:00

Lieu : Parlement européen

Langue : Français

Contexte :

La conférence a été conjointement organisée par le Think Tank « Europe et Démocratie » et

l’association des chercheurs internationaux de Strasbourg « StrasAIR », avec l’appui du Bureau

de liaison du Parlement européen à Strasbourg. Il s’agit de la quatrième conférence organisée

dans le cadre d’une collaboration avec StrasAIR et la deuxième conférence portant sur la lutte

contre le terrorisme après celle de décembre 2018.

Monsieur Marc Hecker, enseignant à Sciences Po et chercheur au centre des études de

sécurité de l’IFRI, directeur des publications de l’IFRI et rédacteur en chef de Politique

étrangère a été contacté par Monsieur Florian Brunner pour cette conférence. Madame

Sophie Le Rue, administratrice à la DG COMM du Parlement européen (PE), est également

intervenue pour présenter les travaux du PE en la matière. La conférence a été ouverte par

Monsieur Farouk Allouche qui a présenté l’association « StrasAIR » et Monsieur Florian Brunner

a présenté le Think Tank « Europe et Démocratie ».

Le rôle de l’UE et du Parlement européen dans la lutte contre le terrorisme – Madame Sophie Le Rue :

Madame Sophie Le Rue a rappelé le contexte des attentats terroristes ayant eu lieu au cours

des dernières années en Europe. Elle a notamment rappelé que 753 personnes avaient été

tuées à cause du terrorisme touchant l’UE entre 2000 et 2018. Ceci explique le fait que 77%

des citoyens demandent davantage d’actions pour contrer cette menace.

Elle a également mis l’accent sur le lien entre le développement et ainsi l’investissement

financier et la sécurité interne et externe. D’où l’augmentation de dépenses concernant

Europol et EU LISA (contrôle des outils d’information et de communication, bases de données

sensibles comme Schengen, VISA …).

Madame Sophie Le Rue a rappelé la création de la commission parlementaire spéciale sur le terrorisme

pour un an, présidée par Madame Nathalie Griesbeck et ayant pour mission de réfléchir aux moyens de

prévenir et lutter contre les menaces existantes, la propagande mais aussi protéger et assurer

la résilience des infrastructures critiques et assister les victimes. Un parquet européen a, entre

autres mesures, été créé récemment pour contrer le terrorisme.

Concernant le rôle du parlement, deux initiatives récentes ont été identifiées :

1- Pour les auteurs terroristes en ligne, la commission libertés impose aux entreprise du

net le retrait dans l’heure des contenus terroristes signalés, sans introduire une

obligation de surveillance.

2- Un projet de législation sur les explosifs artisanaux – utilisés dans 50% des attentats

entre 2015 et 2017 – permet de limiter la vente de matières premières nécessaires à

la fabrication de bombes artisanales comme l’acide sulfurique H2SO4, le TATP utilisé

lors des attentats de Paris, de Manchester, …

Intervention de Monsieur Marc Hecker :

Monsieur Marc Hecker a été introduit par Monsieur Florian Brunner, une vue d’ensemble de

ses travaux de recherche à l’IFRI, organisme reconnu à l’international. Ses principaux ouvrages

sont présentés et certains de ces articles sont également rappelés. Parmi ses récentes

publications, on cite notamment « Quel avenir pour le djihadisme ? », « 137 nuances de

terrorisme », « L’UE face au terrorisme ». Monsieur Marc Hecker est par ailleurs un ancien étudiant

de l’IEP de Strasbourg.

Monsieur Marc Hecker présente brièvement différentes sources de terrorisme : djihadisme,

extrême droite, extrême gauche. Il se concentre ensuite sur le djihadisme qui a été la menace

prépondérante au cours des dernières années. Il présente 6 tendances globales qui risquent

de structurer, dans la décennie à venir, la mouvance djihadiste. Cette mouvance est loin

d’avoir disparu en dépit de la perte des territoires contrôlés par Daech en zone syro-irakienne.

Il rappelle que malgré l’attentat de Strasbourg en décembre 2018 ayant fait 5 morts et qui

reste le plus important perpétré en Europe en 2018, le nombre d’attentats a baissé en

comparaison avec les années précédentes (238 morts en France entre janvier 2015 et juillet

2016).

Les 6 tendances structurant le djihadisme :

1- Le mouvance djihadiste va durer, et ce pour plusieurs raisons. A) Le corpus idéologique

djihadiste reste présent, notamment sur Internet. B) Tendances démographiques et

difficultés économiques : à titre d’exemple, la population du Sahel évaluée à 60

millions en 2010 doublera en 2030 et passera à 200 millions en 2050. Les ressources

économiques ne connaîtront pas une telle croissance. De nombreux jeunes vont se

retrouver au chômage et pourraient être recrutés par des groupes radicaux.

C) Fragilité des Etats dans certaines régions (Afrique subsaharienne, Moyen-Orient).

D) Le développement des outils de communication et de l’information (ICT) permet

aux groupes extrémistes de renforcer leur propagande. Internet est devenu pour ces

groupes une véritable plateforme opérationnelle qui leur permet notamment de

recruter, de diffuser des grandes orientations stratégiques et de prodiguer des conseils

tactiques.

2- Division de la mouvance djihadiste : Al-Qaïda v/s Daesh. 5 à 6 000 Européens – dont

environ 1300 Français – ont rejoint un groupe djihadiste en zone syro-irakienne. Alors

que Daech joue la provocation, Al-Qaïda reste plus subtile et essaie de s’allier à des

groupes locaux. Si des scissions d’Al Qaïda ont eu lieu au profit de Daech, on a aussi

assisté à l’émergence de groupes « non alignés », comme Hay’at Tahrir Al Sham

« HTS » en Syrie.

3- La question de la territorialisation. Les tentatives de création de proto-Etats (« califat »

de Daech en zone syro-irakienne, prise de contrôle du nord-Mali par Al Qaïda et ses

alliés) par des groupes djihadistes n’ont pas été tolérées par la communauté

internationale. Les djihadistes pourraient opter pour d’autres formes de

territorialisation : émirats locaux ou « semi-territorialisation » sur le modèle d’AlShabab en Somalie.

4- Débat sur les priorités stratégiques : ennemi proche v/s ennemi lointain. Ce débat est

ancien dans la mouvance djihadiste (Zawahiri vs Zarqawi) et a connu un renouveau

avec le conflit syrien (Jolani vs Zawahiri). L’ennemi proche est constitué des régimes

des pays musulmans, considérés comme impies par les djihadistes. L’ennemi lointain

est constitué des pays occidentaux et d’Israël.

5- La variable islamiste. Comment les relations entre islamistes « classiques » et

djihadistes vont-elles évoluer ? Est-il judicieux de s’allier temporairement avec des

islamistes pour s’opposer aux djihadistes ?

6- Dialectique provocation / surréaction. Les terroristes sont bien plus faibles que les pays

occidentaux d’un point de vue militaire. Ils misent sur notre surréaction qui peut avoir

des visées internes (créer des dissensions à l’intérieur des sociétés occidentales) ou

externes (attirer les troupes occidentales sur des théâtres lointains où elles s’exposent

à des pertes).

En somme, il est important d’étudier la menace terroriste en temps réel parce que la

menace n’est pas figée. Il faut aussi raisonner « en ruptures » et essayer de penser

l’impensable.

Discussions générales :

La création d’une CIA européenne a été évoquée. Monsieur Marc Hecker pense qu’il s’agit d’une

perspective très lointaine car ça touche au cœur des fonctions régaliennes de l’Etat. Le traité

de Lisbonne est clair : « la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État

membre ».

La terminologie « djihadisme » a également été discutée. Généralement, l’utilisation de cette

terminologie ne pose pas problème, y compris dans le monde musulman. Il y a néanmoins des

pays où l’emploi du terme « djihadistes » pour désigner des terroristes est plus sensible. C’est

le cas par exemple en Afghanistan où le terme « djihad » est connoté positivement et associé

à la guerre de libération contre l’URSS.

Le débat sur la radicalisation de l’Islam (Gilles Kepel) et l’islamisation de la radicalité (Olivier

Roy) a également été mentionné tout comme d’autres théories sur le terrorisme islamiste (le

« lol djihad » de David Thomson, la théorie de l’embrigadement sectaire de Dounia Bouzar,…).

Dans l’échantillon analysé dans l’étude « 137 nuances de terrorisme », 36% des djihadistes

sont des chômeurs, 40% proviennent des quartiers prioritaires de la ville, 47% sont nondiplômés (avec tout de même 1 docteur et 1 ingénieur), 69% ont uniquement la nationalité

française, 22% sont binationaux, 59% ont des parents originaires du Maghreb, 18% ont des

parents originaires de France.

La radicalisation dans les prisons (lieu de rencontre entre criminalité et terrorisme). Forte

surpopulation carcérale en France où environ 70 000 personnes sont incarcérées. Le risque de

radicalisation en prison est accru du fait de cette surpopulation. On compte aujourd’hui en

France 500 détenus terroristes islamistes (TIS). Sur les 150 qui ont déjà été jugés, 80% sont

libérables d’ici 2022. On compte par ailleurs 1000 « détenus de droit commun susceptibles de

radicalisation » (DCSR). Les « quartiers d’évaluation de la radicalisation » (QER) permettent

d’évaluer le niveau de radicalité des individus. Trois issues sont possibles :

1- Les plus radicaux sont placés à l’isolement.

2- Les moins radicaux retournent avec les détenus « classiques »

3- Les profils intermédiaires font l’objet d’une prise en charge dans des quartiers dédiés,

les QPR.

Pourquoi la France est-elle tellement touchée par le terrorisme ? D’autres pays européens ont

été touchés mais il est vrai que la France l’a été davantage. Dans la propagande djihadiste, la

laïcité est présentée comme une forme de « guerre contre l’islam », ce qui est évidemment

une présentation biaisée. Les interventions militaires françaises dans les pays musulmans sont

présentées comme le pendant extérieur de cette guerre. Enfin, l’histoire coloniale est parfois

aussi évoquée, en particulier la guerre d’Algérie.

Farouk ALLOUCHE

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